Ces premières lignes de la liste des licenciés en théologie parisiens de la promotion 1732 sont extraites du catalogue dressé en 1787 par le sieur Hardi, greffier de la faculté de théologie (BnF ms lat. 15440). Il fait suite à une compilation similaire réalisée à la fin du XVIIe siècle par Philippe Bouvot (Ordo licentiatorum…1373-1684, BnF ms lat 5657-A). Tous deux se sont appuyés sur les archives de la faculté pour reconstituer la population de théologiens parisiens, en remontant aussi loin que possible, c’est-à-dire au XIVe siècle. L’ensemble constitue une série continue des promotions depuis cette date (l’examen a lieu tous les deux ans, les années paires au XVIIIe siècle).

Au besoin, se reporter à la transcription en bas de page pour une lecture plus aisée.

Un mémorial

Pour les producteurs du document, l’objectif est double. Comme toute archive, le manuscrit vise à établir avec certitude les droits des individus qui sont mentionnés, en l’occurrence les privilèges attachés à la détention de la licence en théologie. Mais aussi, en remontant au XIVe siècle et en visant l’exhaustivité, il s’agit de mettre en avant l’antiquité de l’institution, le prestige de certains membres illustres que l’on retrouve au fil des pages, et finalement, à travers ce registre qui en contient tous les noms, de donner corps à une communauté pluriséculaire. Au-delà de son utilité pratique, cette liste constitue ainsi un véritable mémorial de la faculté de théologie.

Une source biographique et sérielle

Pour l’historien la source est en premier lieu une mine biographique, qui éclaire le parcours universitaire de tel ou tel personnage. On lit dans chaque promotion les prénoms, le patronyme, le diocèse ou la ville de naissance, et pour certains l’appartenance à une communauté scolaire (soc. Sorb. : sociétaire de la Sorbonne, soc. Nav. : sociétaire de la communauté de Navarre), le statut régulier (fr. : frère, carm. : carme), les fonctions ecclésiastiques des dignitaires, parfois obtenues ultérieurement (arch. : archevêque).

Surtout, le document recense tous les lauréats (exhaustivité vérifiée à partir de quelques sondages pour la période moderne) et autorise donc un traitement sériel. La conjoncture universitaire, ou du moins les variations des effectifs de licenciés en théologie au fil du temps peuvent ainsi être reconstituées, suivant le nombre de lauréats par promotion. La saisie de la population licenciée constitue enfin une entrée commode pour une possible sociologie du clergé diplômé, qui resterait à réaliser à partir de cette source.

Le rang de licence, quelle interprétation ?

On relève que les noms apparaissent suivant un classement ordinal, du 1er au 97e pour cette année 1732, les douze premiers seulement étant présentés ici. Ce classement s’opère, d’après les descriptions anciennes, en fonction des « mérites » reconnus au candidat par le corps des docteurs en théologie parisiens constitués en jury. S’ils intègrent bien pour partie les performances académiques, ces mérites ont aussi une dimension morale et surtout sociale, suivant la naissance ou bien l’établissement plus ou moins prestigieux dont sont issus les candidats. Comme l’explique en 1709 le Mercure Galant (août, p. 80) : « quand il y a des princes ou des fils de duc dans la licence, ils ont toujours le premier lieu. Les deux autres sont ordinairement donnez aux deux prieurs [de Sorbonne]. Le quatrième lieu appartient à un bachelier de la maison de Navarre ; le onzième est toujours pour un régulier, et le reste on le donne au mérite ou selon ce qu’il plaist aux docteurs qui reglent la chose ».

Hormis pour les tout premiers, il reste cependant difficile de déterminer pour chaque candidat quel élément a pesé le plus lourd dans le classement obtenu.

Derrière l’apparente aridité d’une liste, a donc affaire ici à une source particulièrement riche, mais d’interprétation parfois délicate.

 

Extrait du Catalogue des licenciés de la faculté de théologie de Paris depuis l’année 1373 jusqu’à l’année 1774, BnF ms latin 15440, p. 462-463 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10722034x.r=manuscrit%20latin%2015440?rk=21459;2« 


Boris Noguès
LARHRA axe Savoirs

                                          Transcription du document

(traduction en français, avec développement des abréviations, sans correction)

Licence de l’année 1732

Messieurs

1 Charles Henri Phelipeaux de Pontchartrain [du diocèse de] Paris

2 Bernard François Fouquet [de la ville de] Rennes de la société de Sorbonne

3 Claude Antoine François Jacquemet Gaultier [du diocèse de] Besançon de la société de Sorbonne

4 André Jean Baptiste de Castellane [du diocèse de] Poitiers de la société de Navarre

5 Armand Gaston Félix Dandlau [du diocèse de] Strasbourg

6 Claude Louis Rose [de la ville de] Paris

7 Claude François Mury [de la ville d’] Avranches de la société de Sorbonne

8 Jean Joseph de Saint Jean de Jumilhac [du diocèse de] Lisieux de la société de Navarre archevêque d’Arles

9 Daniel Bertrand de Langle [de la ville de] Rennes

10 Dominique Carel [du diocèse de] Bayeux

11 Jacques Souvestre [de la ville de] Saint-Brieuc de la société de Navarre

12 Frère Arsène Jean Duilhé Carme